Ma petite ligne rose - Partie 2

 

J'allais être une maman aimante et heureuse...

C'est ce que je croyais. Je croyais dur comme fer que, lorsque j'aurais enfin ce petit être grandissant en moi, je serais heureuse.

Toutefois, ces mois d'acharnement et de déception ont laissé des traces.

Quatorze jours suivant l'insémination, j'ai téléphoné à la clinique de fertilité pour leur dire qu'il y avait un problème. Le problème était que j'avais un test de grossesse positif. J'ai mentionné à l'infirmière qu'avec tous les médicaments que je m'étais injectés en vue de l'insémination, il y avait probablement un surplus d'hormone, ou je ne sais quoi, qui donnait un faux positif.

Celle-ci m'a affirmé que c'était impossible et elle m'a félicité. Je me souviens même lui rétorquer; « … que je ne pouvais pas tomber enceinte. » L’insémination fonctionne seulement dans 25% des cas, ça ne pouvait donc pas avoir fonctionné du premier coup! Elle a réitéré qu'il n'y avait pas d'autres options possibles et que j'étais bel et bien enceinte.

Une fois le téléphone raccroché, mon homme était aux anges. Il allait être papa. Il en avait tellement rêvé lui aussi. Alors, pourquoi moi je ne ressentais pas ce bonheur?

Ça faisait maintenant plus de 2 ans que j'aurais tué pour vivre ce moment, et maintenant que j'y touchais… je ne le savourais pas.

Les semaines passaient et j'avais une « belle » grossesse. Pratiquement aucun symptôme ni complication.

La bedaine est apparue rapidement dans mon cas.

Alors que ma mère, ma belle-mère et ma grand-mère parlaient déjà à ce petit être à travers mon ventre rond, moi je ne lui parlais que très peu. Je ne lui chantais pas de chanson et je flattais à peine mon bedon. Lorsque les gens me posaient des questions sur la grossesse, j'étais contente de répondre et je souriais, mais je sentais quelque chose d'étrange en moi. J'avais toujours l'impression qu'il y aurait bientôt une mauvaise nouvelle.

Je me disais que je n'aimais probablement pas être enceinte, point. Que ça changerait une fois qu'il serait dans mes bras et qu'il y aurait le fameux coup de foudre! Je l'attendais donc avec impatience cet accouchement. J'avais tellement hâte au jour de la naissance, pour enfin ressentir quelque chose pour mon bébé. J'avais hâte de l'aimer… pour de vrai.

L'accouchement s'est passablement bien déroulé. Personne n'a eu de complications. Disons que l'expression ''dur labeur'' a pris alors tout son sens. Une fois déposé sur mon ventre, je pleurais. Je pleurais de cet effort surhumain, de fatigue et de soulagement. Je pleurais aussi, car j'attendais ce coup de foudre. J'attendais. Encore. Peut-être que ce n'était pas si rapide finalement? Peut-être que ça prendrait quelques minutes? Peut-être que j'étais encore trop sur mon adrénaline? Donc j'ai attendu.

Je me suis occupée de mon bébé comme une championne selon mon amoureux. Il me disait à quel point il était fier de moi et comment il me trouvait belle et bonne. En réalité, je faisais ce que j'avais à faire. Je l'embrassais, le consolais et le caressais, comme une maman le ferait. Je lui disais qu'il était parfait et que je l'aimais. Mais je ne ressentais toujours rien. J'avais l'impression que toute la douleur que j'avais ressentie pendant que j'essayais d'être enceinte m’empêchait d'ouvrir mon cœur à mon fils. Ça m'empêchait de vivre mon aventure et de tomber en amour avec lui.

Je me souviens être allée à un rendez-vous de suivi à la clinique, d'y avoir vu tous les autres bébés du même âge que le mien, et je me rappelle clairement avoir pensé qu'on aurait pu échanger mon enfant contre un autre, que ça ne m'aurait rien fait.

Je me sentais coupable.

Mon coup de foudre, je l’ai eu lorsqu'il a eu environ 5 mois, quand il a commencé à me sourire. Quand il hurlait dans les bras de tous, sauf dans les miens. Quand il me cherchait du regard dans la pièce et qu’il s'apaisait au son de ma voix. C'est à ce moment que j'ai compris mon blocage.

La période de conception m'avait tellement blessé, que je n'avais pas de place pour l'éventualité d'une souffrance plus grande. J'allais tellement aimer mon garçon, qu'il fallait que je guérisse avant.

Lorsque je lui ai permis d'entrer dans mon cœur, il l'a dévasté d'amour. Il en valait la peine. J'étais prête. Je me suis mise à l'aimer comme il est presque impossible d'aimer.

Je ne l'échangerais pour rien au monde.

C’est à ce moment que je suis devenue une maman aimante et heureuse.

 

                                                                                                                             

 

 

En savoir plus sur l'auteure

 

Vanessa Harvey, co-fondatrice de Pavot Melon et Accompagnante à la naissance

Maman de 3 enfants, elle a ressenti l’appel à la profession de Doula lors de son dernier accouchement.
Ayant récemment quitté le milieu de la santé en tant qu’infirmière, elle se consacre maintenant entièrement à ce métier méconnu.
Elle aime travailler avec les jeunes et futures familles afin de leur permettre de vivre une aventure rassurante qui les rassemble.